Biographie

Né à Abbeville en 1945, Jacques Marseille fréquente l’enseignement catholique, dont le petit séminaire, poursuit ses études à la faculté de Lille. Agrégé d’histoire en 1969, il entame bientôt sous la direction de Jean Bouvier une carrière d’enseignant-chercheur : assistant puis maître-assistant à l’université Paris-VIII, il soutient en 1984 en Sorbonne une thèse remarquée qui est publiée sous le titre Empire colonial et capitalisme français : histoire d’un divorce. En 1985, il est élu professeur des universités à Saint-Denis, puis il prend en 1989 la succession de Jean Bouvier à Paris-I comme directeur de l’Institut d’histoire économique et sociale fondé par Marc Bloch. La même année, il fonde l’Association pour le développement de l’histoire économique (ADHE) dont il fut président pendant vingt ans. La volonté de Jacques Marseille de transmettre les savoirs passe également par la direction de collections de manuels scolaires chez Nathan et par la rédaction de nombreux ouvrages de vulgarisation, notamment une Nouvelle histoire de France, ou encore par la direction de collections chez Larousse ou Albin Michel. Dans le cadre de l’ADHE, il organise des cycles de conférences destinées aux enseignants du second degré, fonde le Prix Jean Bouvier et le Prix Jeunes talents pour récompenser des maîtrises ainsi que le Prix Crédit lyonnais pour l’histoire d’entreprise, qui récompense des thèses.
Observateur attentif des comportements économiques et sociaux, Jacques Marseille veut peser sur l’histoire de son pays. En 1992, il se fait connaître du grand public avec sa
Lettre ouverte aux Français qui s'usent en travaillant et qui pourraient s'enrichir en dormant. Suivrons Le Grand gaspillage, La Guerre des deux France ou encore Du bon usage de la guerre civile en France. D’autres médias permettent à ce libre penseur de toucher un large public : il est chroniqueur au Point et participe régulièrement à l'émission télévisée C dans l'air. Membre du comité de rédaction de la revue XX Siècle, il publie de nombreux articles dans la revue L’Histoire ainsi qu’à L'Expansion et dans le mensuel Enjeux Les Echos.
Personnage médiatique, Jacques Marseille ne délaisse pas pour autant la recherche, sur les marchés et les échanges économiques comme sur les entreprises et les produits. Les mémoires de maîtrise ou master et les thèses sous sa direction se succèdent, tandis qu’il organise des colloques d’histoire économique : les performances des entreprises françaises, la révolution commerciale, les entreprises agro-alimentaires, le luxe en France, créations et créateurs d’entreprises, ou encore l’histoire des industries culturelles.


La passion de la pédagogie

Pour Jacques Marseille, le savoir n’avait de sens que s’il était le plus largement possible partagé. C’est pourquoi, le chercheur était, chez lui, inséparable du professeur. Cette générosité, il l’a mise d’abord au service de ses élèves du lycée Carnot puis, très vite, de ses étudiants de l’université Paris-VIII, enfin de la Sorbonne. Mais, c’est à un public bien plus large qu’il s’adresse directement par de nombreuses publications. D’abord par des ouvrages destinés aux plus jeunes qu’il signe, au début des années 1980, dans la collection Histoire Junior (Hachette), dirigée par son ami Alain Plessis, notamment un Jules César, ou Les Paysans de la préhistoire à nos jours. Puis, c’est l’aventure des manuels scolaires d’histoire qu’il commence chez Hachette avant de prendre la direction des collections de Fernand Nathan en 1987, et qui s’est poursuivie jusqu’à son décès. D’emblée, le succès a été exceptionnel, à tel point qu’on peut parler du « Marseille » comme on disait, autrefois, « le Malet-Isaac ». Ce succès ne doit rien au hasard. Il repose sur les trois qualités dont Jacques a toujours témoigné : la sûreté de l’information, puisée aux meilleures sources et au choix de ses collaborateurs, la clarté et la précision de l’exposé. Persuadé que l’on enseigne bien que ce que l’on connaît bien – les « pédagogistes » qui placent le savoir-faire avant le savoir ont toujours soulevé sa colère – Jacques s’est inquiété de l’insuffisante formation des professeurs dans le domaine de l’histoire économique et sociale. C’est ce qui l’a conduit à créer, en 1988, l’Association pour le développement de l’histoire économique (ADHE) qui, dès l’année suivante ouvrait l’ère de ses conférences dont le succès – jusqu’à près de six cents participants pour celle consacrée à « Enseigner la révolution industrielle » – témoignait de ce besoin de formation solide ressenti par ses collègues des lycées et collèges. C’est cette même volonté de mettre à la disposition du grand public les résultats les plus récents de la recherche historique qui conduit Jacques à se lancer, seul, dans l’écriture d’une Nouvelle Histoire de la France, aux éditions France- Loisirs, dont le premier des vingt tomes est sorti en 1996. « Le Chiffre de Jacques Marseille », publié chaque semaine dans Le Point, ses nombreuses participations à des émissions de radio ou de télévision répondaient également à cette détermination d’offrir aux lecteurs des clefs de compréhension de notre société. Convaincu, après Marc Bloch, que la compréhension du présent repose sur la connaissance du passé et qu’il était de son devoir de citoyen de mettre à la disposition de tous ses connaissances, Jacques fut tout à la fois un grand historien et, dans l’acception noble du terme, un grand vulgarisateur. Façon pour lui d’agir en vrai démocrate.

Jacques Marseille est décédé le 4 mars 2010.

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